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Naufrage Politique

Par Catherine Tricot | 5 septembre 2015

Donné battu dans des sondages par la droite, Alexis Tsipras vient d’ouvrir la porte à une alliance avec le Pasok. Il l’assortit de quelques précautions comme le refus de voir revenir les principaux ministres compromis dans les politiques d’austérité. Mais cela ne trompera personne. Il s’agit de vétilles.

La très mauvaise politique appliquée par le Pasok, la droite, le Pasok et la droite ensemble, n’est pas le fait de quelques uns mais le fruit de choix politiques d’un parti, d’une sociale démocratie en déroute.

Pour nous qui avons accompagné, encouragé et espéré qu’en Grèce une autre expérience politique serait menée, cette annonce est désastreuse. Elle met une fin à cet espoir. 
On pourra toujours dire que la défaite prend racine dans le coup d’Etat de l’UE de l’été. Tsipras avait été contraint de signer un très mauvais texte. Il l’avait reconnu et c’était aussi à son crédit. Une manière nouvelle de faire de la politique qui n’esquive pas les difficultés et ne transforme pas en victoire les défaites. La voie que Tsipras et Syriza choisissait était étroite, difficile. Elle pouvait s’ensabler. C’est le cas.

Nous écrivions ici même, il y a quelques jours, que la gauche radicale souffrait trop d’une volonté de rectitude au prix d’innombrables désunions et de son impuissance concrète. Ce jugement un peu désespéré est particulièrement vrai dans les périodes si compliquées que nous traversons et que la Grèce endure.

Ces temps difficiles et neufs imposent d’inventer de nouvelles politiques, de nouvelles pratiques. Mais chacun sait aussi que l’invention n’est pas possible sans une certaine idée de ce que l’on cherche. Il n’était certes pas acquit que Syriza et Tsipras trouve une voie de sortie dans la situation économique et politique, aussi marquée, désormais, par la division de Syriza. Mais il est certain que Tsipras se perdra dans cette alliance avec des partis qui ne cherchent en aucune façon à dégager une voie de dignité et d’émancipation pour les Grecs. Vouloir éviter le retour de la droite ne justifie en rien de relégitimer un parti si déconsidéré et honnis. Et surtout cela tourne le dos à l’audace démocratique et à la recherche avec le peuple de solutions et de rapports de force. Tsipras avait eu l’audace de chercher une alternative au vieux système politique, économique et de porter le débat à l’échelle européenne. Que l’alliance avec le Pasok, voire Potami, se concrétise ou non, le fait est là : le signal politique est incompréhensible. Il est désastreux pour les Grecs. C’est un naufrage aussi pour nous tous, en Europe.

 

Lu sur le site de Regards